PERSONNAGES CELEBRES Gilbert ELLIOT (1751-1814) LE ROYAUME ANGLO-CORSE (1794-1796)

Source : https://www.corsicamea.fr/personnages/elliot.htm

Très tôt, la municipalité Ajaccienne manifeste des sentiments de sympathie à l’égard des Anglais qui sont établis dans la rade de Toulon et au cours du premier semestre 1794, lorsque ces derniers chassés de Toulon investice la Corse, elle leur ouvre son port et s’applique à saluer leur victoires successives marquées par la chute de Saint Florent, de Calvi et de Bastia. Ajaccio paoliste devient ouvertement pro-anglaise et l’action de Charles-André Pozzo di Borgo, toujours procurateur-syndic du gouvernement de Corse, n’y est pas étrangère.

Ce royaume Anglo-Corse ne va durer que deux ans, mais ce fut, quoi qu’on en dise, une expérience heureuse pour la Corse qui fut présevée de l »un des épisodes les plus sanglants de l’histoire de la France : La terreur.

 

Gilbert Elliot-Murray-Kynynmound est né à Edimbourg le 23 avril 1751. En 1763, il est envoyé faire ses études à Paris et se lie d’amitié avec Mirabeau. En 1776, il est élu député au parlement.

En 1794, la France traverse la sanglante période révolutionnaire et Paris vit sous la Terreur. La tourmente favorise cependant les plans de Pascal Paoli, qui espère reprendre le pouvoir en Corse, remettre de l’ordre dans l’île et la conduire vers un gouvernement autonome. Pour l’émanciper de la tutelle française, il sollicite la protection de l’Angleterre, un geste qui fera de la Corse, pendant un court laps de temps, de 1794 à 1796, un royaume indépendant placé sous la souveraineté du roi George III…

Depuis le 28 août 1793 les Anglais occupaient Toulon. Ils en sont chassés par Bonaparte, alors jeune général de 24 ans, le 16 janvier 1794 et débarquent à l’Ile rousse. Sir Gilbert Elliot, nommé gouverneur du royaume de Corse par le gouvernement anglais est accompagné d’un autre écossais, le lieutenant-colonel John Moore et du major Koehler, ami d’un certain Leonetti, neveu de Paoli  qui les accueil.

 

A Murato, Sir Gilbert Elliot, dont le souvenir de Mirabeau le rapproche beaucoup de Pozzo-di Borgo va négocier avec ce dernier la « cession » de l’île de Corse en négligeant Paoli, son ainé de plus de vingt ans, qu’il n’apprécie guère et qu’il considère comme un démagogue. Quand Paoli parle de protection et de liberté, voulant traiter de nation à nation, Elliot pense à la soumission de l’île.

Le 21 janvier, Elliot et Moore s’embarque pour Portoferraio après que Saint Florent, fidèle à la France, est été attaqué  par la flotte anglaise qui mouillait dans la baie près de la tour de la Mortella.

Le 19 février, San Fiurenzu est évacué par les troupes Françaises. Tandis que l’amiral Nelson débarque à Lavasina et s’empare de la tour de Miomo, les troupes Anglo-Corses chassent les Français de Patrimonio, Barbaggio et Furiani.

Le 19 mai 1794 à Bastia, après trois mois de siège, démunie de vivres et de munitions, la garnison Française capitule.

Le 22 mai les Anglais s’installent à Bastia, tombé la veille. Elliot loge dans la maison De Battisti et fixe le siège de son administration dans l’ancien couvent des missionnaires lazaristes (l’actuel Lycée Jean Nicoli). L’oratoire de l’Immaculée Conception est transformé en Parlement du royaume, et on y place symboliquement un trône, symbole de la présence de George III parmi ses nouveaux sujets. Il reçoit Paoli qui refuse de lui donne le titre de gouverneur et qui refuse également que les Affaires étrangères de la Corse soient contrôlée par le Parlement britannique; l’île doit avoir ses propres représentants à l’étranger, son commerce extérieur ne doit être contrôlé par personne et ses navires doivent naviguer sous le pavillon à tête de Maure.

 

Le 24, la reddition est signée. Le lendemain, les troupes françaises cèdent la place aux Anglais. La ville résonne du God Save the King, du son des cloches et des salves d’artillerie tirées depuis les remparts de la citadelle.

Dès lors, Elliot et Pozzo-di-Borgo vont pratiquement devenir les principaux décideurs du nouveau Royaume Anglo-Corse.

Le 15 juin 1794, Paoli convoque une nouvelle consulte à Corte où il est acclamé; mais c’est cependant à l’instigation de Pozzo-di-Borgo que la consulte vote à l’unanimité la séparation de la Corse et de la France en proclamant Georges III « roi de Corse » et en nommant une commission pour préparer la constitution qui sera ensuite ratifiée à Londres le 1er novembre 1794. A la fin de la séance, on vote qu’un buste de Paoli, sculpté dans le marbre, sera placé dans la chambre des débats du futur Parlement anglo-corse.

 

 

Le 07 octobre, Elliot est nommé vice-roi et Pozzo-di-Borgo, président du conseil d’Etat à l’unanimité.

Aussitôt, c’est un véritable pouvoir oligarchique qui se met en place avec des pouvoirs énormes et tout à fait à l’opposé des idées de Paoli qui se retrouve de plus en plus isolé. Ecarté du pouvoir, le 14 octobre 1795, en compagnie d Moore, il s’embarque à Saint Florent et s’exile à Londres.

Au printemps 1796, les Bastiais apprennent avec stupeur les incroyables succès de l’armée d’Italie placée sous les ordres du jeune général Bonaparte. Après une avancée fulgurante, les Français entrent dans Livourne au début de l’été. Bonaparte commence alors à infiltrer l’île, discrètement, par petits groupes, au moyen d’embarcations modestes.

Le ressentiment des paolistes et les victoires successives de Bonaparte en Italie vont provoquer des mouvements d’agitation qui s’amplifieront peu à peu.

Le 20 mai Pozzo di Borgo atterré, est contraint de démissionner à la suite de révoltes des républicains et se réfugie à Ajaccio.

Au mois d’octobre 1796, les troupes du Directoire débarquenr à Macinaggio et contraignent Nelson et ses troupent à évacuer l’île. Le 23 le drapeau tricolore flotte à nouveau sur la citadelle d’Ajaccio. Le royaume anglo-corse avait vecu. Il avait duré 30 mois.

Le 15 novembre, Eliott qui s’est retiré à l’île d’Elbe, finit par renoncer à son titre de vice-roi.

Au lendemain de l’évacuation de l’île, Elliot affirmait avec une dignité mélancolique de circonstance : « .J’accomplis ce dernier devoir à l’égard d’un pays pour le bonheur duquel, malgré les quelques ennuis que j’ai éprouvés, je ne cesserai d’avoir la plus grande et la plus affectueuse, sollicitude ».

 

Bonaparte ordonne à Gentili et à Salicetti d’administrer la Corse pour le compte de la République et prononce l’amnistie pour tous les Corses sauf pour Pozzo di Borgo, Peraldi et quelques autres qui devront être traduits devant un tribunal militaire.

En fuite, Pozzo-di-Borgo s’embarque à Porto-Vecchio pour Portoferraio. Tous ses biens sont saisis et vendus comme biens nationaux.

Sillonnant l »Europe entière, il deviendra, durant plus de trente ans un grand diplomate au service de la Russie.

Il meurt à Paris où il sera inhumé, le 15 février 1862.

 

En Angleterre, Gilbert Elliot reçoit le titre de baron de Minto en 1797 et ajoute à son nom celui de Murray-Kynynmond.

De 1806 à 1813, il est nommé gouverneur-général des Indes.

Il meurt à Londres le 21 juin 1814 et est inhumé dans l’abbaye de Westminster.

 

 

 

 

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