LES BANDITS CORSES Jean Casanova dit CAPPA (18?-1895)

Source : https://www.corsicamea.fr/bandits/bandit-cappa.htm

 

Originaire de Casamaccioli dans le Niolo, Jean CASANOVA, dont le surnom « CAPPA » est dû au capuchon dont il est toujours recouvert, est devenu bandit pour avoir tué quatre bergers qui l’avaient dénoncé calomnieusement comme ayant commis un vol.

Depuis lors, il a été prouvé qu’il était, en effet, innocent du vol, mais les assassinats restent acquis et l’on cherche à s’emparer de lui mais c’est chose difficile car Cappa, s’est réfugié dans le Niolo, au sein des plus âpres montagnes de la Corse, où vivent seuls les aigles et les mouflons. Aussi, tous les efforts pour le capturer ont été infructueux.

Le 12 novembre 1894, excités par l’idée de la récompense promise, trois gendarmes décident de l’arrêter. Ils s’allient donc avec des bergers qui promettent de le livrer contre récompense et désignent un endroit où Cappa doit passer. Au jour dit, les gendarmes qui sont en embuscade aperçoivent un homme descendant la montagne mais avant qu’ils puissent l’approcher, les bergers eux mêmes tirent et l’individu tombe. De près, le mort ressemble assez peu au bandit. Il s’agit en fait d’un pauvre pèlerin italien qui passait par là. Les gendarmes s’aperçoivent de leur méprise. Se rendant compte de ce crime inexcusable, ils vont, avec la complicité des bandits, empêcher l’identification de la victime en la brûlant sur place.  * (1)

Le bruit de la mort de Cappa se répand aussitôt. Le capitaine de gendarmerie, dans un rapport, s’en attribue tout l’honneur. Les récompenses promises vont être distribuées quand, tout à coup, arrivent trois lettres : une au procureur général, une au préfet, une autre à “Messieurs de la presse » ; elles sont signées par Cappa et légalisées par le maire d’une commune du Niolo.

 

La lettre de CAPPA

Casamaccioli, le 15 novembre 1894.

Monsieur le directeur,

Je lis dans votre journal du 14 novembre courant que Casanova (Jean) dit Cappa, qui gardait la campagne depuis dix ans, aurait été détruit par plusieurs brigades de gendarmerie dirigées par M. le capitaine Vinciguerra, dans la forêt de Vizzavona, lundi 12 de ce mois.

C’est là une fausse nouvelle en ce qui regarde Casanova (Jean) dit Cappa. — Mon frère se porte très bien, et je vous prie de démentir la nouvelle de sa mort. — D’ailleurs, mon frère n’a jamais porté ses pas du côté de Vizzavona ou autres localités avoisinantes ; si réellement il y a eu mort d’homme, on se trouve en présence de la destruction d’un individu qui n’est peut être vraisemblablement qu’un vagabond se faisant passer pour mon frère afin d’exploiter la crédulité publique. Mon frère est un-bandit, il est vrai, mais un bandit honnête, qui n’a jamais fait tort qu’à ses ennemis, et qui n’a  jamais molesté ses amis pour un morceau de pain …

En attendant, etc. 

CASANOVA (Toussaint)

 

Vu par nous, maire de Casamaccioli, pour légalisation de la signature ci-dessus apposée du sieur Casanova (Toussaint), de notre commune

Le maire,

  1. SANTINI.

 

Cappa aurait pu profiter de son « décès » pour reprendre place dans une vie régulière mais il repoussait hautement ce moyen de quitter le maquis, se déclarait vivant et prêt à continuer encore son rôle de gibier humain. Cela ne manque pas de crânerie et peint bien le bandit corse lorsqu’il n’est encore qu’un héros de vendetta.

Les gendarmes voyaient ainsi s’écrouler leur rêve. Au lieu de la récompense attendue, le capitaine fut mis en disponibilité, le brigadier fut cassé et les deux gendarmes furent envoyés en Afrique.

 

Un an plus tard, le 24 août 1895, la brigade de Calacuccia, sous le commandement du maréchal des logis Ristori, parvenait enfin à cerner, sur la montagne Punta-Artica (2327m) dans le Massif du Rotondo, le fameux Casanova (Jean), dit « Cappa » qui un an auparavant démentait sa mort annoncée.

Il était 5 heures du matin. Cappa, venant de la montagne, s’était dirigé vers des bergeries et entrait dans celle de ses parents.

Le maréchal dés logis, qui l’avait aperçu, fit garder toutes les issues par ses hommes ; le bandit, toujours en éveil, eut sans doute vent de la chose, car il sortit précipitamment de la cabane où il s’était réfugié, son fusil sur le bras.

Arrivé a 80 mètres environ d’un point où se trouvaient embusqués trois gendarmes, il fit feu sur eux, puis, tournant vivement sur lui même, il prit là fuite.

Ces trois gendarmes se dispersèrent alors pour s’abriter derrière des pierres, et commencèrent à ouvrir le feu sur Cappa, qui tomba, mais pour se relever aussitôt, et aller se cacher également derrière une pierre, d’où, faisant face aux gendarmes, il tira sur eux un second coup de fusil dont la balle passa sous les pieds du gendarme Petrignani.

Le bandit, acculé, prit de nouveau la fuite, et alla se cacher derrière une autre pierre, sur laquelle le gendarme Jaubert avait osé monter pour tirer; mais le maréchal des logis qui voyait le danger, prescrivit à ce dernier de se retirer, et il était temps, car le criminel lâchait son troisième, coup de fusil dans sa direction.

Cappa, ne se sentant plus en sûreté, quitta sa position pour aller se placer à quelques mètres plus loin entre deux rochers d’où il tira un quatrième coup de feu sur deux gendarmes qui se trouvaient à plus de 200 mètres sur son flanc gauche.

Le maréchal des logis qui suivait ses mouvements se plaça derrière une grosse pierre à une vingtaine de mètres de lui; celui-ci, qui était assis, déchargea encore son arme. C’est alors que le chef de brigade, qui ne pouvait faire usage de sa carabine sans se montrer, plaça le canon de son revolver sur la pierre qui l’abritait et fit feu cinq fois sur le bandit qui cette fois s’allongea en laissant tomber son arme ; il n’avait pas reçu moins de quatre coups de carabine et un coup de revolver.

Ainsi mourut Cappa qui avait gardé le maquis pendant 10 ans.

 

 

* (1) – Jugement de la cour d’Assise de Bastia pour le meurtre d’un mendiant en novembre 1894.

La cour d’assises de la Corse, siégeant à Bastia, après trois journées d’audience a condamné à la peine de mort le nommé Bonelli Théodore, de Bocognano, âgé de 30 ans, neveu des bandits Bellacoscia.

En novembre 1894, Bonelli, avec la complicité avec son cousin Ferrucci Antoine, âgé de 17 ans, avait tué, puis carbonisé un mendiant du nom de Joseph Murati, et cela dans le but de gagner une prime en faisant passer la victime pour le bandit Cappa.

Ferrucci a été condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Le gendarme Tasso, accusé de complicité, a été acquitté.

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