CONTES ET LEGENDES DE CORSE SANTA MARIA

Source : https://www.corsicamea.fr/contelegend/santa-maria.htm

 

Cette histoire que l’on racontait à la veillée autour du fucone, remonte d’un passé trop lointain pour que nous puissions en saisir la part du fantastique ou du réel; mais c’est certain, elle ne peut nous laisser indifférents.

Au tout début du XIXème siècle, dans un petit village isolé de la Castagniccia, peuplé seulement d’une cinquantaine de paisani, vivait une famille nombreuse de 7 enfants. Habitué aux durs labeurs de la terre, chacun vaquait quotidiennement à ses occupations pour subvenir aux besoins de la nombreuse famille lorsque la mère fut soudain frappée d’un mal mystérieux qui l’obligea rapidement à tenir le lit.

Malgré le dévouement constant de son époux et de ses enfants qui joignaient leurs prières à leurs soins attentifs, rien n’y faisait. Le mal empirait et le médecin appelé en dernier recours au chevet de la pauvre mère devenue maintenant grabataire ne put se prononcer sur l’origine de ce mal qu’il disait incurable.

Dans cette famille très pieuse, les deux plus jeunes enfants de la fratrie, Paulu et Lucia âgés respectivement de 11 et 8 ans, les seuls qu’on envoyait encore à l’école, s’en venaient prier chaque matin et soir après la classe dans l’église du bon Saint Jean-Baptiste devant le magnifique tableau de la vierge tenant l’enfant Jésus dans ses bras. Souvent ils restaient là tous deux de longues minutes prostrés et silencieux, lui adressant de ferventes suppliques pour la guérison de l’être cher.

Un soir, alors qu’ils priaient comme à leur habitude, la brave Lucia rompit soudain le silence et murmura quelques mots à son frère qu’il ne comprit pas. Elle lui prit alors le bras et l’entraîna vers l’extérieur de l’église qu’ils quittèrent après un dernier signe de croix.

Intrigué, Paulu regarda sa sœur qui lui expliqua alors doucement et très tranquillement que la vierge lui avait parlé au cours de sa prière et qu’elle lui avait dit ce qu’il fallait faire pour que leur mère guérisse; et ce soir là à table, devant toute la famille réunie, la fillette rapporta les paroles de la vierge : il fallait emmener la malade jusqu’à l’église Sainte Marie située à une demi-lieue du village.

Lorsque les habitants de la petite communauté eurent connaissance de l’évènement, ils restèrent incrédules mais ne cherchèrent pas un seul instant à contredire le fait que la vierge avait parlé à la fillette et ils se joignirent à la famille pour transporter la malheureuse infirme à l’endroit indiqué et à prier en cœur pour elle.

Bien sur, la guérison ne fut pas immédiate mais quelques semaines plus tard, alors que la médecine la jugeait condamnée, à la stupéfaction générale, la malade quitta son grabat définitivement guérie. La nouvelle de cette guérison inexpliquée fut considérée comme un vrai miracle et fit rapidement le tour du canton. Pour remercier la Sainte vierge, les cloches sonnèrent à toute volée.

Mais le temps de réjouissances ne dura pas et quelques jours plus tard, après cette guérison miraculeuse, la petite Lucia fut à son tour frappée d’un mal mystérieux qui l’emporta rapidement laissant une famille effondrée et des habitants interrogatifs.

Pour toute oraison funèbre, le père de la fillette prononça ces mots pleins de douleur :  » Si la vierge t’a vraiment parlé, petite, alors, tu n’étais déjà plus à nous… » 

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